La région vers 830 av. J.-C., Ammon est représenté en orange.
Statue d'un roi ammonite divinisé.

Les Ammonites sont un peuple du Proche-Orient ancien, occupant le pays nommé Ammon sur le plateau du Transjordain central, de la fin de l'Âge du bronze jusqu'à l'époque hellénistique.

Le nom du peuple ou de la tribu ammonite dérive d'un héros légendaire nommé Ammon. Ce nom, utilisé tant par eux-mêmes que par les autres peuples, les définit comme « les enfants d'Ammon » (hébreu בְּנֵי עַמּוֹן / benê ʿammôn). Cette dénomination collective apparaît systématiquement dans les sources antiques : les inscriptions akkadiennes néo-assyriennes utilisent l'expression URU/KUR bīt Ammanāya (« [ville/pays de la] maison d'Ammon »), tandis que les rares inscriptions royales ammonites portent le titre mlk bn ʿmn (« roi des enfants d'Ammon »). L'usage moderne du terme « Ammonites » comme simple ethnonyme diffère donc de la terminologie antique qui privilégiait ces expressions collectives. Dans la Bible hébraïque, l'expression benê ʿammôn apparaît 104 fois, loin devant les autres désignations. Leur capitale, Rabbath-Ammon, se trouvait sur l'emplacement de l'actuelle Amman en Jordanie.

Selon la tradition biblique, l'ancêtre fondateur des Ammonites est Ben-Ammi, fils de Loth et de sa fille cadette (Genèse 19:38). Dans un texte juif médiéval, le Sefer ha-Yashar, Ben-Ammi est décrit comme ayant eu six fils : Gerim, Ishon, Rabbot, Sillon, Aynon et Mayoum. Cette généalogie biblique, qui présente les Ammonites comme des parents proches, mais illégitimes, des Israélites (en raison de l'inceste de Loth), s'inscrit dans une construction idéologique destinée à justifier l'altérité et l'hostilité envers ce peuple voisin.

Géographie du royaume

Le territoire ammonite était situé sur le plateau central transjordanien, dans une position stratégiquement avantageuse pour le commerce.

Frontières et étendue

Selon les sources bibliques, dont il faut toutefois souligner le caractère partiel et partial, la frontière ammonite se situait au Jabbok (Wadi az-Zarqa), dans la région du haut cours de ce fleuve et des collines associées où se trouvaient les villes ammonites (Nombres 21:24 ; Deutéronome 3:16 ; Josué 12:2). Le territoire s'étendait approximativement de l'Arnon (Wadi al-Mujib) au sud jusqu'au Jabbok au nord, et du Jourdain à l'ouest jusqu'au désert à l'est (Juges 11:13). Cette région, connue aujourd'hui sous le nom d'al-Balqāʾ (la Belqa), mesurait environ 85 km (de l'Arnon au Jabbok) sur environ 35 km (du Jourdain au désert).

Ammon partageait une frontière au sud-ouest avec Moab, au nord-ouest et à l'ouest avec les territoires galaadites d'Israël, et probablement au nord-est avec des zones araméennes. À l'est, la frontière était un territoire instable, dépendant des conditions climatiques et politiques, s'étendant à travers les steppes et les déserts de la péninsule arabique. Les frontières ammonites n'étaient pas une entité statique. Elles fluctuaient en fonction de diverses influences, opportunités et pressions politiques. Le territoire ammonite s'étendait ou se rétrécissait en fonction des circonstances favorables ou défavorables. Les sources bibliques indiquent que les Ammonites cherchaient à agrandir leurs possessions, notamment vers l'ouest du Jourdain et au nord jusqu'à Jabesh-Galaad (Juges 10:8-9 ; 1 Samuel 11:1-2).

Routes commerciales

Cette situation géographique permettait aux Ammonites de bénéficier de connexions commerciales majeures. Le royaume était relié au sud par la « Route Royale » à la Route de l'encens, et via le Wadi Sirhan à l'oasis de Douma (Dūmat al-Jandal). De bonnes liaisons existaient avec Damas au nord, et via la vallée du Jourdain, avec Jérusalem et Samarie à l'ouest. Cette position avantageuse permit aux Ammonites de profiter particulièrement du commerce avec l'Arabie méridionale et avec les Phéniciens.

Les Ammonites pouvaient profiter de connexions commerciales majeures grâce à leur situation géographique. Le royaume était relié au sud par la « Route Royale » à la route de l'encens, et par le Wadi Sirhan à l'oasis de Douma (Dūmat al-Jandal). De bonnes routes menaient également à Damas au nord, et via la vallée du Jourdain, à Jérusalem et à Samarie à l'ouest. Cette proximité leur a permis de profiter particulièrement du commerce avec l'Arabie du Sud et les Phéniciens.

Histoire

Origines et proto-Ammonites (vers 1200 av. J.-C.)

Vers 1200 av. J.-C., le système économique des cités-États cananéennes du plateau transjordanien, comme ʿAmmān ou Saḥāb, s'effondre en même temps que celui du reste de la Méditerranée orientale. C'est à ce moment-là que l'histoire d'Ammon commence. Après l'effondrement de ces cités, la population cananéenne développa une société villageoise : les proto-Ammonites.

Les récits bibliques mentionnent des conflits avec Jephté (Juges 10:6-12:7), Saül (1 Samuel 11:1-11) et David (voir notamment 2 Samuel 10 ; 11:1 ; 12:26-31), mais ces textes posent des problèmes méthodologiques importants. Aucun document fermement daté du IIe millénaire av. J.-C. ou d'époques antérieures ne mentionne Ammon ou les benê ʿammôn, que ce soit en ammonite, égyptien, akkadien ou hébreu. Les récits bibliques sur Loth et ses filles (Genèse 19:30-38), sur la conquête du Transjordain par Moïse (Nombres 21-36 ; Deutéronome 2-3) et les légendes héroïques de Jephté et Saül pourraient contenir des fondements factuels. Ils se rapporteraient à des événements du XIe siècle. Cependant, ces récits nous sont parvenus dans des rédactions bien plus récentes que les événements qu'ils prétendent relater.

Formation de l'État territorial

L'occupation et l'annexion d'Ammon par Israël prit fin peu après la mort de Salomon. Par la suite, Ammon se développa en un État territorial doté d'une classe dirigeante lettrée, d'une administration hiérarchique et d'une structure sociale organisée. La monarchie s'établit en Ammon, mais plus tardivement qu'en Israël. Plus petit en superficie des États transjordaniens de l'Âge du fer et entouré de voisins plus grands et plus puissants, Ammon réussit longtemps à survivre grâce à sa position avantageuse et à une diplomatie habile.

Les premières mentions certaines des Ammonites dans les sources contemporaines datent du milieu du IXe siècle av. J.-C. On les trouve dans les inscriptions néo-assyriennes à partir de Téglath-Phalasar III. L'expression « URU bīt Ammanāya » (la « ville de la maison d'Ammon ») ou « KUR bīt Ammanāya » (le « pays de la maison d'Ammon ») est utilisée de manière constante par Tiglath-Phalazar III (744-727 av. J.-C.) et ses successeurs. Cela témoigne de l'homogénéité de la terminologie assyrienne, ainsi que de sa concordance avec les données épigraphiques ammonites et bibliques. Les traces écrites en caractères ammonites de la période monarchique sont très peu nombreuses.

Périodes assyrienne et babylonienne (VIIIe – VIe siècle av. J.-C.)

Dans la seconde moitié du VIIIe siècle, Ammon devint un vassal payant tribut à l'Empire assyrien. Paradoxalement, malgré ses obligations vassaliques, la domination assyrienne puis babylonienne permit à Ammon de préserver sa suprématie régionale, d'assurer la stabilité de ses relations extérieures, de connaître une prospérité économique et de jouir d'une certaine autonomie dans la gestion de ses affaires intérieures. Sous l'influence des cultures mésopotamienne, phénicienne et araméenne, expression de l'hégémonie politique des grands États et du commerce lucratif, la culture et la religion ammonites devinrent plus cosmopolites. Après une période de politique modérée envers les Assyriens, à la fin du VIIe siècle et au début du VIe siècle, la cour ammonite adopta une politique clairement anti-babylonienne (Jérémie 27:3 ; Ézéchiel 21:23-29).

Cette politique anti-babylonienne aboutit à la vassalisation d'Ammon par Babylone et conduisit finalement à la disparition de l'État. En 582/581 av. J.-C., Nabuchodonosor II mit fin à l'existence d'Ammon en tant qu'État[1] et l'incorpora à son empire comme province.

Période post-étatique

Ammon survécut longtemps à la perte de son statut d'État indépendant, existant initialement au sein de la sous-province achéménide du même nom (Néhémie 2:10, 19). Une bulle en araméen découverte à Tell al-Umayri en 1989 porte l'inscription šgʾ ʿmn (« gouverneur d'Ammon »), attestant l'existence d'une province perse administrée par un gouverneur. L'utilisation de ʿmn seul – probablement la ville d'Amman comme nom de toute la province – au lieu de l'ancienne expression bn ʿmn, reflète la nouvelle situation politique. Sous les dynasties ptolémaïque et séleucide, le territoire fut connu sous le nom d'Ammonitis. Sous les influences araméennes, arabes et hellénistiques, il fut progressivement absorbé dans la culture régionale romaine.

Culture et société

Langue ammonite

Les Ammonites utilisaient un dialecte cananéen très proche du phénicien, parlé dans la région d'Amman (Rabbath-Ammon). Cette langue ammonite appartient au groupe des langues sémitiques du Nord-Ouest et est attestée principalement entre le IXe siècle et le VIIe siècle. Les témoignages écrits de cette langue sont extrêmement rares et fragmentaires. Le corpus connu comprend les inscriptions de la citadelle d'Amman, l'inscription du roi Amminadab I d'Amman sur la bouteille en bronze de Tell Siran[2] et environ 150 sceaux à empreinte[3].

Cette rareté des sources écrites rend difficile une connaissance approfondie de la langue ammonite, bien que les études comparatives avec le phénicien et les autres dialectes cananéens permettent d'en reconstituer certaines caractéristiques. Les travaux de K.P. Jackson demeurent la référence principale pour l'étude de cette langue de l'Âge du fer.

Religion ammonite

La religion des Ammonites était une variante locale de la religion présente dans les autres cultures palestiniennes. Elle comprenait un panthéon limité, à la tête duquel se trouvait un dieu nommé Milkom ou Milcom, accompagné d'une parèdre, probablement Astarté.

Selon les sources épigraphiques et littéraires[4], Milkom était une divinité atmosphérique polyvalente qui apparaissait comme dieu de l'État et de la guerre. Il fut ultérieurement identifié avec Melqart puis avec Héraclès.

Principaux sites ammonites

Rabbath-Ammon, la capitale du royaume, est invariablement identifiée avec la citadelle d'Amman (Jabal al-Qalʿah), située dans le centre de l'actuelle Amman. Le nom de la ville, qui signifie « la grande » (rabbah), semble provenir de sa taille. Elle est qualifiée de « ville royale » dans les sources bibliques[5]. La « ville de l'eau », dont il est question dans le deuxième livre de Samuel (12:27), a probablement été une section de la ville qui assurait son approvisionnement en eau lors de la conquête de Rabbah par Joab. Séparée de la ville haute (la citadelle), elle possédait vraisemblablement ses propres défenses. C'est à Ras al-Ain, au sud-ouest de la citadelle et à la source du Wadi az-Zarqa, que l'on trouve le plus probablement son emplacement.

À l'exception de Rabbath-Ammon (et de sa « ville de l'eau » associée) et probablement de Heshbon, il est impossible d'identifier avec certitude les sites ammonites mentionnés dans la Bible. Les tentatives d'identification restent spéculatives et précaires, d'autant qu'on ignore souvent si les textes concernés datent de l'Âge du fer I ou II.

Références

  1. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques X, 181-182 ; Contre Apion I, 132, 143.
  2. Fawzi Zayadine, « Note sur l'inscription de la statue d'Amman J. 1656. », Syria. Archéologie, Art et histoire, 1974. p. 129-136.
  3. Felice Israel, « Les sceaux ammonites », Syria. Archéologie, Art et histoire, vol. 64, no 1-2, 1987, p. 141-146.
  4. 1 Rois 11:5, 23 ; 2 Rois 23:13 ; Jérémie 49:1, 3
  5. 2 Samuel 12:26

Bibliographie

Ouvrages généraux

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  • (en) Paul-Eugène Dion, « The Ammonites: A Historical Sketch », dans P.M. Michèle Daviau, John W. Wevers et Michael Weigl (dir.), Excavations at Tall Jawa, Jordan, Volume 1: The Iron Age Town, Leyde, Brill, coll. « Culture and History of the Ancient Near East », , chap. 11/1
  • (de) Ulrich Hübner, Die Ammoniter. Untersuchungen zur Geschichte, Kultur und Religion eines transjordanischen Volkes im 1. Jahrtausend v. Chr., Wiesbaden, Harrassowitz, coll. « ADPV », , chap. 16
  • (en)  Craig W. Tyson, The Ammonites: Elites, Empires, and Sociopolitical Change (1000-500 BCE), Bloomsbury Publishing,

Chapitres et articles

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  • (en) Larry G. Herr, « Ammon », dans Eric M. Meyers (dir.), Oxford Encyclopaedia of Archaeology in the Near East, vol. 1, Oxford et New York, Oxford University Press, , p. 103-105
  • (en) Larry G. Herr, « The Servant of Baalis », The Biblical Archaeologist, vol. 55, no 4,‎ , p. 190-193
  • (en) Ulrich Hübner, « Ammon, Ammonite », dans Encyclopedia of the Bible and Its Reception, vol. 1, Berlin et Boston, Walter de Gruyter, , col. 1001-1010
  • (en) Ulrich Hübner, « Ammonites », dans Hans Dieter Betz, Don S. Browning, Bernd Janowski, Eberhard Jüngel (dir.), Religion Past and Present, vol. 1, Leyde, Brill, (DOI 10.1163/1877-5888_rpp_COM_00597)
  • (en) Ulrich Hübner, « ʿAmman before the Hellenistic Period », dans A.E. Northedge (dir.), Studies on Roman and Islamic ʿAmman, vol. I, coll. « British Academy Monographs in Archaeology », , chap. 3, p. 23-25
  • (de) Ulrich Hübner, « Supplementa Ammonitica I », Biblische Notizen, vol. 65,‎ , p. 19-28
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  • (en) Randall W. Younker, « Ammonite During the Iron Age II Period », dans Ann E. Killebrew et Margreet Steiner (dir.), The Oxford Handbook of the Archaeology of the Levant: c. 8000-332 BCE, Oxford, Oxford University Press, , p. 757-769

Corpus épigraphiques

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  • (en) Robert Deutsch (dir.), « A Royal Ammonite Seal Impression », dans Michael. Historical, Epigraphical and Biblical Studies in Honour of Prof. Michael Heltzer, Tel Aviv-Jaffa, Archaeological Center Publication, , p. 121-125
  • Felice Israel, « Les sceaux ammonites », Syria. Archéologie, Art et histoire, vol. 64, nos 1-2,‎ , p. 141-146
  • (de) Jens Eggler et Othmar Keel, Corpus der Siegel-Amulette aus Jordanien. Vom Neolithikum bis zur Perserzeit, Fribourg, Academic Press, coll. « OBO Series Archaeologica », , chap. 25
  • (en) Robert Deutsch et Michael Heltzer, Forty New Ancient West Semitic Inscriptions, Tel Aviv-Jaffa, Archaeological Center Publications,
  • Fawzi Zayadine, « La bouteille de Tell Siran », Le Monde de la Bible, no 46,‎ , p. 22-23

Études linguistiques

  • (en) Kent P. Jackson, The Ammonite Language of the Iron Age, Chico, Scholars Press, coll. « HSS », , chap. 27
  • (en) W. Randall Garr, Dialect Geography of Syria-Palestine, 1000-586 B.C.E., Philadelphia, University of Pennsylvania Press,
  • (en) Larry G. Herr, The Scripts of Ancient Northwest Semitic Seals, Missoula, Scholars Press, coll. « HSS », , chap. 18
  • (de + en) Christa Müller-Kessler, « Ammonite », dans Stefan M. Maul (dir.), Der Neue Pauly. Enzyklopädie der Antike, Stuttgart, Metzler,
  • (en) Fawzi Zayadine, « Recent Excavations on the Citadel of Amman », Annual of the Department of Antiquities of Jordan, vol. 18,‎ , p. 17-35

Études religieuses

  • (en) Walter E. Aufrecht et Burton MacDonald et Randall W. Younker (dir.), « The Religion of the Ammonites », Ancient Ammon, Leyde, Brill,‎ 1999a, p. 152-162
  • (en) Walter E. Aufrecht et Burton MacDonald et Randall W. Younker (dir.), « Ammonite Texts and Language », Ancient Ammon, Leyde, Brill,‎ 1999b, p. 163-188

Voir aussi

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